L'argot hangar

Mardi 17 mai 2005 2 17 /05 /2005 00:00

Nobod a le plaisir de lancer la nouvelle rubrique théâtrale pour le plus grand bonheur des amateurs d’aventures chevaleresques, des chercheurs d’expressions, des amoureux du théâtre à l’ancienne et des (in)fortunés désoeuvrés. Présentés sous forme de feuilleton, diffusé à fréquences variables, c'est-à-dire au bon gré de l’auteur, l’aventure traitera de différents sujets.

 

Un vieux, dans un bureau vitré intégré à un hangar, habillé plutôt casual pas chic (en bleu).

 

Un jeune en costume, un peu coincé, avec une malette à la main. Il frappe à la porte du bureau.

 

 

-         Q’est ce que c’est qu’ce tapage ?!

 

-         Bonjour, je viens pour le recrutement dont M’sieur Jopart a du vous faire part.

 

-         Ah, c’est toi la baltringue de concours dont Jojo m’a parlé. Alors fais voir un peu, rentre et dépose toi. (le vieux sort des documents de son bureau, sans doute un CV, et les lit un court instant). Recommandé, recommandé qu’il m’écrit ce stipendié de Jojo. Il aurait mieux fait de dire pistonné comme une bielle, ouais.

 

-         Oh vous savez, je peux apporter à votre entreprise une réelle valeur ajoutée, notamment vous aider à réaliser un système intégré de gestion qui favorisera la prise de décision…

 

-         J’t’arrête tout de suite lombric. Ici c’est la démocratie féodale : soit t’es de concorde, soit t’es de complot. Mon bonhomme, si j’peux te prodiguer un conseil, saisis un peu les choses avant qu’on t’y épaule, parce que là, crois moi, tu vas être un soupçon surpris. Chez pépère, t’as pas la commanderie, c’est lui qui pilote.

 

-         Oui, bien sûr c’est vous le responsable. Mais je suis certain de vous apporter des compétences qui favoriseront vos décisions grâce aux informations pertinentes que je vous fournirai.

 

-         Nan, c’est pépère qui décide, puisque je te dis. Et y décide comme y veut. C’est pas avec un zig comme toi que j’vais commencer à commercer. Ah comme cul terreux, on peut pas dire que t’as les connexions rapides, toi. On m’avait bien dit qu’t’avais la bouse facile, mais à ce point là, t’es qualifié d’office pour la compète du déficient honoris causae !

 

 

Le jeune homme accuse un peu le coup. Il réfléchit un instant, puis se lève, blême, et se met à aboyer.

 

 

-         Nom de Dieu, tu vas fermer ta gueule espèce de bible à conneries ! J’voudrais pas t’obliger mais c’est quand même un honneur que j’te fais de venir dans ton garage te sortir de ta mouise en t’faisant les honneurs de te proposer un marché qui va te générer un cash flow de proxénète !

 

-         J’en ai rien à taper de tes idées fixes. Je croule sous le pognon depuis que t’étais pas encore un fœtus. M’est avis qu’t’es soit un détrousseur, soit un bon à rien, et dans les deux cas ça me congestionne.

 

-         T’as tort le vioque. Avec mon canevas, ce que tu gagnes aujourd’hui te paraîtra demain pathétique. Tu cracheras sur ton passé, ton hangar atteindra des seuils de valorisation vertigineux et tu t’enverras des ratios de fauche insensés.

 

-         (Le vieux, sortant une bouteille de schnaps) Je vais te faire une faveur, petit cave. Mais si tu me fais perdre mon temps, j’t’enverrais mon bon souvenir dans la trogne dont tu te vanteras pas de sitôt, si dieu te fait la fleur de te laisser en vie.

 

 

A suivre :

http://nobod.over-blog.com/article-412106.html

 

 

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Mardi 31 mai 2005 2 31 /05 /2005 00:00

Cliquez ici pour arriver à la première scène de la pièce.

 

Le vieux sort deux verres, les sert d’alcool. Il boit le sien cul sec et se ressert. Le jeune hésite.

 

-         Il est pas un peu bizarre votre picrate ?

-         C’est d’la gnole 12 ans d’âge, tapette. On discutera après la bouteille. Maintenant ouvre la pour boire et pas pour l’ouvrir.

 

Le jeune esquisse une grimace

 

-         C’est du violent.

-         C’est du violent. J’ai pas signé un seul contrat avant d’avoir amené les choses rondement gamin. On boit, on discute, on signe.

-         On pourrait pas discuter et boire ensuite.

-         Tu s’rais pas des fois un poil de la jacquette toi ? A ton âge, on s’en mettait deux à deux. On s’laissait aucune chance mon pote. Une cuite organisée que c’était. Vous les jeunes zetes des tarlouzes de nos jours. Alors bon, des fois, on terminait le cul dans un seau à champagne, au milieu d’un festival de gerbe. Mais c‘était gai !

-         Vous d’viez sacrément avoir la gueule de bois le lendemain !

-         Tu parles, rien du tout bonhomme. On était frais comme des gardons. Un œuf gobé et on rejetait ça. Ecoute ça bonhomme : « l’habitude est la seconde nature de l’homme ». Ca te calme ça, hein ?

-         C’est qui ?

-         Chais pas, on m’a dit ça quand j’étais gosse.

-         Quand même, c’est du rude.

-         Tu préfères la grenadine ? Tu viens, j’te connais pas. Tu veux parler affaire, t’es pas capable d’assumer une bout’ de pirouette !

-         Ok ok, je bois.

 

 

Pendant cinq minutes, ils s’enfilent la bouteille en se regardant par-dessous, le vieux suspicieux, le jeune grimaçant.

 

Par Nobod - Publié dans : L'argot hangar
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