Lundi 28 février 2005

Ca date de 1999. Vintage !

 

LA SAGA DES JAIMPA

 

J’aime pas le travail. Je voudrais faire un hymne à la glande subversif. D’aucuns promurent par le passé les valeurs du travail. Ils se trompaient dans leur base de départ. Le travail n’est pas une valeur, il a de la valeur, en tant que marchandise. Qu’on ne vienne pas me faire croire que le travail est positif en soi. Le seul truc, c’est qu’on ne peut pas s’en passer, non parce que c’est une drogue, mais parce que les machines ne font pas tout.

L’accomplissement par le travail. Encore une foutaise que bon nombre d’entre nous espérons que ce n’en soit pas une, parce que les jeunes euromanagers que certains rêvent de devenir s’imaginent plus en salle de marché les pieds dans des Bally que les doigts de pied en éventail à Bali (ça marchait pas avec Church’s ou Weston, désolé). Et on l’aura tous bien profond (mais ça, c’est une surprise de la world company, vous verrez).

L’épanouissement par le travail. Rien de plus désolant comme thème. Si j’étais une femme, ça me choquerait beaucoup que mon homme me dise ça. Comme je ne suis pas une femme, ça me choque beaucoup que les filles disent ça. C’est vexant pour nous. Et puis ça ne rime à rien, ils / elles ne vont pas me faire croire que ça les amuse de se lever le matin à 7h ; les yeux collés, de rentrer le soir crevés, de dormir le week-end, de partir 5 semaines par an, de se faire engueuler par un boss, de diriger des abrutis, de prendre des cafés avec des collègues nases et de bouffer avec ces mêmes nases quotidiennement, d’attendre l’Heure correcte pour quitter ce plateau où l’on m’épie, d’en venir à acheter le Monde le soir et à regarder la Fureur le samedi, d’être fatigués passé 23h, de considérer enfin que c’est comme ça et qu’on n’a pas le choix ?

 

Les dites « valeurs » du travail comme l’opiniâtreté sont quand même un peu faiblardes face à la déconne. Quelqu’un d’opiniâtre est en général chiant, manque d’humour. Il est souvent borné.

Quelqu’un de travailleur. Se dit d’un looser courageux mais inefficace et gentil. « Il est niais, mais ce qu’il est travailleur ».

Courageux : qui continue à avancer même face à un mur.

Pareil à lui-même, pas lunatique : toujours chiant.

Méritant : qui a passé beaucoup de temps pour faire un truc pas terrible mais bon, il y a passé du temps.

Généreux : qui fait des heures sup’ sans jamais obtenir d’augmentation.

Proactif : hyperactif nerveux.

 

 

Un jour, un type qui s’emmerdait beaucoup dans la vie, qui n’avait pas d’ami et qui, pour qu’on se souvienne longtemps de sa phrase magique a dû au moins se pendre en grimpant à sa propre corde pour faire style je bosse a dit : « le travail, c’est la santé ». Soit il était médecin et personne n’a jamais compris son sophisme, soit il était non seulement déprimé et j’aime pas trop ça, mais il était aussi plus bête qu’intelligent.

 Qui n’a pas plutôt entendu la belle, triste et si vraie sentence « se tuer au travail ». Entre les deux proverbes, mon cœur ne balance certainement pas.

 

Beaucoup plus tard dans l’histoire des proverbes à deux boules de notre très chère langue, on a aussi dit « travailler comme un Turc ». J’ai rien contre les Turcs mais il faut quand même admettre qu’on aurait jamais dit ça des Italiens ou des étudiants. J’ai même entendu au travers d’une conversation « un travail d’Arabe » ce qui dans un pays de sales racistes doit vouloir dire mal travailler alors qu’on sait bien que ça signifie seulement un travail accompli par un Arabe. On aurait mieux fait de dire un travail d’étudiant.

 

En bref, il est temps de remettre à leur place des valeurs qui n’en sont pas, qui poussent les déconneurs à la dépression, qui font tomber les cheveux et pousser les rides. Et pour ceux qui ne sont pas convaincus, allez voir dans votre Larousse l’étymologie du terme travail : du mot latin trepalium, instrument de torture. Alors, vous voyez ?

 

Glande, je t’aime.

 

 

Nobod.


Jeudi /1999

 

LA SAGA DES JAIMPA

 

 

J’aime pas tout ça.

 

J’aime pas les agences immobilières qui réclament un extrait de poil de cul de ma caution pour que mon dossier soit accepté.

                J’aime pas les grincheux, les gens qui se plaignent tout le temps parce que rien ne va sur Terre. Tout va bien, le tout, c’est d’y croire.

                J’aime pas les gens qui m’arrêtent dans la rue pour me demander si j’aime la mousse de canard. Je ne vois pas en quoi ça peut les intéresser. Et puis ça ne les regarde pas.

                J’aime pas les voyages organisés. Ca manque d’aventure.

                J’aime pas le cinéma. Payer pour passer deux heures dans une chambre noire avec un écran qui fait mal aux yeux et ressortir écouter les commentaires nases de tous les autres en ayant l’impression de sortir du lit, non merci.

                J’aime pas les contractuelles. Je préfère encore les militaires.

                J’aime pas l’argent. Sujet trop vaste, surtout quand on n’en a pas.

                J’aime pas les chattars dans le train. Dernière expérience : citation d’un chattar lyonnais « Ouahhh, le respect, c’est d’foutre des grosses gifles à tout le monde ». Sans commentaire.

                J’aime pas les pétroliers qui déversent leurs saloperies sur les plages bretonnes. Je vais aller draguer où, cet été ? Merci pour tout.

                J’aime pas les conférences où on est censé apprendre quelque chose. On n’en tire jamais rien. Au moins, quand on va en boîte, on sait à quoi s’attendre.

J’aime pas les musées. Rien de plus désagréable de se retrouver dans une grande pièce avec plein de tableaux, de statues et de beaufs.

                J’aime pas faire les courses. Vivement que le web évolue.

                J’aime pas les corrompus. J’ai compris pourquoi les politiques se battent tellement pour gagner les élections : la tune.

                J’aime, pas plus que la dernière fois, les chiens, les chats, les trente millions d’amis.

                J’aime pas les planches sur tréteaux en guise de table. C’est super bancal, c’est laid, et puis j’aime pas ça.

                J’aime pas le réveil. C’est le moment le plus désagréable de la journée, avec le moment ou je me lève.

                J’aime pas le regard des autres oppressant l’existence de l’autre. C’est fou ce qu’un regard peut être significatif de méchanceté.

                J’aime pas les radiateurs qui ne fonctionnent pas. C’est l’hiver, on se gèle !

 

Vraiment, j’aime pas cette planche à tréteaux

 

 

Bah quoi, on peut pas tout aimer dans la vie !

 

 

                                                                                                                                                                           Nobod.


  

LA SAGA DES JAIMPA

 

 

                J’aime pas le web.

Premier acte : la connexion. Il faut déjà en avoir… Les serveurs sont gratuits, pas les micro-ordinateurs, pas le modem, et pas les deux heures au téléphone 2,23 F la minute avec la standardiste (autre sujet) de Liberty surf pour comprendre à quel mulot se vouer. Tu as le matos. Bien maintenant, toi qui n’a jamais touché un mulot électronique, ne vas pas t’imaginer que l’internet, c’est simple comme bonjour. Tu as déjà galéré pas mal d’heures entre concepts de mémoire vive et morte, bits et pouces, logiciel de transmission FTP et autres windows NT. Finalement, ton copain informaticien t’a vivement conseillé le dernier PC acer à 7000 boules. Pour un débutant, c’est nickel. La deuxième scène est consacrée aux branchements. Première tentative d’allumage du bouton power. Rien ne se passe. Deuxième coup. Rien ne se passe. Troisième coup, cette fois-ci sur l’écran (« tu vas t’allumer putain ! »). Quatrième coup, de téléphone, cette fois-ci à ton ami centralien.

Finalement, norton anti-virus vient te rendre visite. On t’a dit de trouver les clics pour te mettre on line.  Tout se finira par une nuit d’alcoolisme dépressive (« je suis pas dans le coup, faut que j’admette »), une aspirine le lendemain et le contact sauveur de celui que tu as choisi pour venir t’accueillir chez eux, sur le web. La standardiste est nase, tiens, bizarre. Tu as cliqué sur tous les mulots, de gauche, de droite, sur toutes les icônes (aucun lien religieux). Après trois standardistes, huit heures, quatre ex-copains centraliens, 2786,45 F de communication téléphonique, sept tubes d’aspirine, deux claviers défoncés et un écran crevé à coups de latte, tu découvres Internet.

 

Deuxième acte : la dépression. Commençons par le mail. Putain, ça marche (« Et dis, tu as reçu mon e-mail ? – Oui, connard, pourquoi tu m’appelles pour me demander ? »). L’espoir repart sur le web. Ca va surfer grave… Je vais chercher des infos sur les Landes, je veux voir à l’avance où je pars en vacances. Trouver un moteur de recherche. Facile toujours, je clique de plus en plus vite.

Erreur de connexion. Première grande frayeur.

Hôte introuvable. Deuxième grande frayeur.

Vanessa vient te suc….Troisième grande frayeur. Tu t’es retrouvé sur un site porno alors que tu avais cherché Landes sur yahoo ? T’inquiète, c’est normal, le web, c’est très libertin et bordélique comme bibliothèque.

                Aucune info sur les Landes sur aucun moteur. Je dois pas être au niveau. Juste quelques sites sur les glandes (les pervers), ainsi que sur une exploitation on line de vaches landaises… Bon, il me reste l’horoscope de multimania. Il dit que je vais passer une sale journée. Super. Je ferai bien mon propre site sur les Landes mais je capte rien au htlm (pour info, c’est html).

Mes courses sur internet. On m’a livré deux semaines en retard mes courses de produit frais, ma carte s’est retrouvée sur le web et on m’a tiré 40 000 boules parce que mon code était sur le web. Encore un hacker de merde. Et je suis pas assuré parce que le site, qui a fermé entre temps, n’était pas sécurisé.

 

 

Troisième acte : la désertion. Je ne retourne plus sur le web que sur le site du Monde. Les articles mettent trois plombes à être édités, je me nique les yeux et deviens de plus en plus autiste. Des fois, j’ouvre trois fenêtres à la fois pour limiter le temps de connexion. Une sur le Monde, la deuxième sur la Tribune et la dernière sur sex.com. C’est cool. J’ai toujours un œil dans le dos pour pas me faire piquer, mais il paraît que de toutes façons, on peut tout savoir avec mon historique. De toutes façons, je m’en fous, la semaine prochaine, j’arrête.

Et puis je reçois plus jamais de mail. Je préfère le téléphone. C’est pas sûr le mail, des fois, les gens reçoivent pas mes messages. Bizarre, on m’avait dit que c’était pas possible. En revanche, sex.com, ça marche toujours. Y’a une vitesse de connexion sur ce site…


Mercredi /03/1999

 

LA SAGA DES JAIMPA

 

 

                J’aime pas les secrétaires et standardistes. Leur seul avantage est d’être parfois belle, mais généralement, on ne les voit même pas vu que tout se fait désormais pas téléphone. Leur boulot est inintéressant au possible. La vie se résume ainsi : de parapheurs en agendas…

                Recherche d’information sur mon compte en banque. La secrétaire cherche mon « conseiller clientèle ». Oh, il est pas là aujourd’hui. Zut alors. Quelqu’un pour le remplacer ? Evitez de poser cette question. Préférez rappeler plus tard en espérant tomber sur quelqu’un d’autre ou passer directement court-circuiter la folle. Sinon, c’est un bon quart d’heure d’attente et une engueulade à la fin histoire de vous faire comprendre qu’aujourd’hui, les clients sont vraiment de plus en plus exigeants. Depuis le temps, je me demande comment ils étaient avant.

Ca devait être ça :

« Bonjour madame, avec tout le respect que je vous dois, auriez-vous l’extrême obligeance de vérifier que mon conseiller clientèle n’est pas là ?

-          Non, il n’est pas là.

-          Ah, excusez-moi, Madame, je suis confus, je ne rappellerai plus afin d’éviter de vous déranger pour rien. »

 

Demande à la secrétaire du commercial qui m’a vendu ses saloperies, afin de savoir si les produits que j’ai achetés sont bien partis (sachant que ça fait trois fois que des retards de livraison m’ont bien mis dans la memerde). « Mais bien sûr qu’ils doivent être partis, comme d’habitude !

-          Oui, c’est bien ça le problème, la dernière fois, ils étaient en retard, Madame

-          Monsieur, ne soyez pas désagréables, nous, nous avons des clients. »

 

Bien la politique commerciale…

 

Réclamation à B télécom qui m’a fermé ma ligne sans ma demande ni mes impayés.

« Bonjour Madame, je ne comprends pas, ma ligne ne fonctionne pas et…

-          Vous n’avez pas dû payer.

-          Si si, j’ai tout payé, il doit y avoir une erreur.

-          Voyons, Monsieur, nous faisons rarement des erreurs, envoyez-nous un courrier, en cas d’erreur de notre part, nous ferons un geste commercial en votre faveur.

-          C’est ça poufiasse, et moi, le geste que je fais derrière mon téléphone, c’est un gros doigt parce que je t’emmerde et que j’ai besoin de mon téléphone. »

 

Voilà en quelques exemples les contacts chaleureux des chiens de garde téléphoniques. Depuis, j’ai changé de banque, j’ai un portable S…., et le commercial s’est fait virer faute de clients… Depuis, j’ai eu affaire à de nouvelles standardistes. Et la boucle recommence.

Mais leurs copines secrétaires sont vachement plus efficaces. Beaucoup plus intelligentes, beaucoup plus formées, plus gentilles, plus ambitieuses, connaissant tout le monde et tous les dossiers. Et jolies de surcroît. D’ailleurs, j’en sais quelque chose. Je viens de me faire virer, et ma secrétaire a repris mon poste. Et il paraît que le service marche vachement mieux maintenant. Bizarre. Je crois que je préfère encore ces connes de standardistes qui n’ont jamais piqué le boulot de personne.

Une secrétaire bête, va encore, mais une secrétaire intelligente, non. Trop intelligente pour être secrétaire…


Mercredi /03/1999

 

LA SAGA DES JAIMPA

 

 

                J’aime pas les rugbeux. La semaine dernière, j’ai eu la chance de déjeuner avec 5 rugbeux, sachant que nous étions 6 à table. Rien de volontaire dans tout cela, le plan rugbeux n’étant au départ pas à l’ordre du jour. Mais qu’à cela ne tienne, puisque toutes les formes d’expérience sont fashioned à l’heure actuelle, je me suis retrouvé à table avec 5 rugbeux. Dur. 5 rugbeux avant le match de l’année pour eux. Très dur. Le rugbeux est en soi assez idiot, mais avant un match, il devient clairement débile. Sympathique de surcroît.

                La discussion n’a pas été hautement intellectuelle, mais joviale, et surtout sans censure. Les voisins du restaurant auraient sans doute apprécié un peu de cette censure qui se perd, mais non. Un rubgeux seul, c’est un rugbeux. Un rugbeux entre autres, c’est un gros con.

Début du repas. Thème abordé : le sexe. Bien fort, avec des métaphores géniales, un style rugbeux s’il en est, un humour dévastateur, sans frilosité devant la bassesse.

Milieu du repas. Thème abordé : le sexe. Bien fort, avec des métaphores géniales, un style rugbeux s’il en est, un humour dévastateur, sans frilosité devant la bassesse.

Fin du repas. Thème abordé : le sexe. Bien fort, avec des métaphores géniales, un style rugbeux s’il en est, un humour dévastateur, sans frilosité devant la bassesse.

Juste de vagues intermèdes sur le rugby, la blessure de Jean-Paul, les adversaires à qui on va foutre la pâtée, et les échanges du ballon à table.

 

Un des membres (celui qui m’avait foutu dans cette merde) m’expliqua plus tard que ça n’était pas toujours comme ça (ce qui sous-entend quand même que c’est généralement le cas), et que toute cette classe était expliqué par le match de l’année qui se jouait quelques heures plus tard. Je lui sus gré de ses explications.

 

Le match s’est ensuite joué, et l’équipe a gagné, quelque chose comme 59/0 (comme quoi, parler cul tout le repas précédant le match  est peut-être la bonne stratégie). Place donc aux étreintes langoureuses des rugbeux transpirants, place aux douches collectives et aux jeux décontractants.

Puis place à la fête. Restaurant si l’heure le permet. Le rugbeux va se mettre minable. Dévoilement de brochettes de fesses de rugbeux. Puis grand jeu « pine in the wine ». Chacun met son zizi dans son verre de vin puis tout le monde boit. Grandiose moment de l’esprit d’équipe (souvenez-vous de la phrase de Coluche sur l’esprit d’équipe). Ensuite, on s’asperge de vin s’il en reste et on vomit sur les tapisseries, au grand amusement du restaurateur…

Il est temps de sortir. On va donc tous uriner contre une belle voiture, histoire de s’amuser. Drôle.

Et on finit dans un des seuls bars accueillant encore les démons, légèrement baveux, l’œil peu sûr de lui, matant la gueuse effrayée, et poussant des grognements de satisfaction (eueuhhaaarggghhhhhh).

                Bref, il intègre avec fierté la caste des cons du soir après un match gagné.

 

 

                Le réveil du lendemain est dur, mais fier. « On les a explosés ». Chacun raconte ses exploits à ses potes, de sorte que si l’on recompte les essais, ils auraient dû gagner 123/0. Mais peu importe, ils sont tellement contents.

                Le 15 a gagné son combat, il s’est senti revêtu de la souveraineté populaire l’instant d’un match. Il a remporté cette victoire. Il est courageux, combatif, tacticien, idiot.

                Et puis en mangeant avec des rugbeux, finalement, on apprend plein de blagues bien lourdes pour épater tous ses potes... 

 

 

Nobod.

Par Nobod - Publié dans : Antique Site
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