Mercredi 16 février 2005

Once upon a time. La saga des jaimpa est née, morte et revient comme au premier jour. Faute de disposer de temps suffisant pour écrire un historique du site antique, le premier site de Nobod, vous trouverez ci-dessous ce qu'il y avait dedans, à quelques exceptions près. Amusez-vous bien, et excusez les aspects démodés dus au temps qui passe... Ca date un peu ! 

 

Samedi 02/10/1999

LA SAGA DES JAIMPA

 

Le plan loose : « on mange un sandwich ensemble demain ».

 

 

J’aime pas les sandwichs. « A midi, j’ai mangé un sandwich et une pomme ». Triple faute. Il commence mal. D’abord, l’interlocuteur s’en fout. Ensuite, cette phrase n’engage pas à la discussion (que voulez-vous répondre à ça ?) Enfin, le pire, c’est qu’il ne ment pas (ou alors, c’est vraiment un pervers). Il a effectivement mangé cette saloperie de repas. D’ailleurs, si on rajoute la pomme, c’est plutôt un repas équilibré féminin dietetic attitude. Bon, depuis l’inventeur du sandwich, l’accusé a bien évolué. C’est du sur mesure, ou presque. Sur mesure et mal coupé. Il y a : le bon vieux sandwich à la baguette, le pain suédois (en vogue actuellement), le Kebab (ça reste un sandwich, désolé), l’hamburger, le bigburger, le big mac (encore des sandwichs, tout ça), le smallburger, le hot dog, le croissant à l’émincé de volailles, les trucs sous cellophane en pain de mie ignoble, les paninis (sandwichs toujours)… Niveau ingrédients, tout est possible aussi. « Gouttez moi ce petit panini au caviar… Ca reste du caviar.

-          Oui, mais ça reste aussi un sandwich ».

Certains anticapitalistes disent que le sandwich est une invention des patrons pour que les salariés perdent moins de temps à table. Sauf que vu que les patrons ne sont pas débiles, ils ont tôt fait de comprendre que le sandwich met de mauvaise humeur pour la journée, et que cela nuit au travail.

            Malade de l’efficience, obsédé par les ratios (vitamines / crudités / aliments rouges), aficionado du pas cher, hypocrite lorsqu’il est « servi » avec une serviette (la mayonnaise glissera quand même sur le chemisier...).  Le sandwich est un menteur. On ne se sent pas bien après un sandwich. La bouche est pâteuse, les incisives conservent harmonieusement un bout de salade ultra visible, le nœud se forme au fond de la gorge parce que tout ça fut mangé trop vite. Une petite somnolence, l’impression que le ventre va éclater, puis deux heures plus tard, la dalle.

Un sandwich se mange debout ou assis mais mal assis. C’est une caractéristique que je lui associe volontiers. Manger debout de la merde, pourquoi pas une perfusion en guise de repas ? Tout cela n’est pas très convivial.

Le plan drague : « je t’invite au resto ». Le plan loose : « on mange un sandwich ensemble demain ». Le plan super loose  « je te paie ton sandwich demain ». Si elle accepte, elle est à vous… On ne peut pas offrir un sandwich, c’est comme si un fiancé offrait à sa mie une paire de chaussettes. Ca ne s’offre pas. Le pire est le sandwich mangé en marchant. Civilisation bizarre où les gens pensent perdre leur temps lorsqu’ils mangent, ils vont et viennent, laissent tomber un bout de poulet, puis d’œuf, s’en mettent pleins les doigts, percutent les passants puisqu’ils ne voient plus que leur sandwich. Ils devraient donc au moins s’asseoir.

Il est accompagné d’une pomme ou souvent d’un coca. Histoire de faciliter la digestion (tout véritable habitué des sandwichs bien dégueulasses arrête le sandwich ou se met au coca) et de faire couler tout ça puisque la radinerie en mayonnaise ou beurre n’a pas de limite. L’acheteur de sandwich est pressé. Donc c’est dans la rue qu’on l’achète, au milieu de la foule qui vous pousse et s’énerve parce que vous grognez à cause d’absence ou quasi-absence de surimi alors que c’était dit sur l’étiquette et que c’était pas normal etc.

Aujourd’hui, on a donc construit des sandwicheries. En gros des baraques à frites sans frite. Les serveuses sont laides, contrairement aux boulangères, les vraies. Ca sent le pain congelé et la viande agglomérée. Il faut être speed. C’est assez propre par terre, trop pour être honnête. Tout ça est aseptisé. Ce qui sous-tend quelque chose... La sandwichère vous sert comme dans un self, sauf que c’est moins bon. La mauvaise humeur est de rigueur. Cela dit, je comprends que vendre des sandwichs n’est pas passionnant. Mais pour le couillon qui va déjà passer un sale quart d’heure à mâcher son infâme repas, un sourire est la moindre des choses.

 

 

 

Sandwichs, on aura votre peau. Un jour, on vous renverra au seul endroit où on vous supporte, les pique-niques. En attendant, vivent les steaks-frites.

 

 

 

                                                                                                                      Nobod.


 

Dimanche 03/10/1999

LA SAGA DES JAIMPA

 

 

Le « je-raconte-ma-vie »

 

J’aime pas les gens qui racontent leur vie. Chacun peut considérer qu’il mène une vie extraordinaire, ce en quoi, étant le seul à la vivre, il est théoriquement le mieux placé pour pouvoir juger. Malheureusement, nombre de prétentieux ont tendance à clairement exagérer l’importance de leur vie au sein du monde temporel. Vous avez certainement déjà vécu la situation suivante. Une soirée, un cocktail, un dîner, bref, un lieu de rencontres (au sens général). Une personne avec laquelle vous entamez une discussion. Et cette personne n’a rien à dire. Au bout d’un instant, vous trouvez un prétexte pour la quitter. Même contexte mais maintenant avec un casse-couilles. Beaucoup plus complexe. Il faut savoir se dépêtrer des griffes d’une personne qui vous empêche de la quitter. Il faut chercher le moment de faiblesse, la faille dans le jeu de l’acteur. Vous le guettez, cet instant de bonheur où vous pourrez le lâcher. Avec un peu d’espoir, vous attendez le passage d’une personne, ou le moment creux de la discussion. Et rien ne vient. Le « je-raconte-ma-vie » continue son cirque tranquillement.

« Et tu sais pas ce qui m’est arrivé ? » Phrase typique face à laquelle on ne peut rien faire, et même rien dire. « Allez, raconte » ou « Ta gueule connard ». La politesse gagne toujours. Il reste quelques chose à faire. Parler à sa place, il n’y a pas de raison de souffrir seul. Essayez de prendre la parole. Sans cesse il revient à lui, à sa vie.

« C’est comme moi, sauf que là, c’était encore plus grave ». Sa vie est une aventure, ses anecdotes sont plus intéressantes que les vôtres, il vous coupe la parole sans cesse. C’est un monstre. Vous baillez, mais il insiste.

 

            Vous cherchez désespérément une victime candidate au remplacement. Mais les gens qui le connaissent ont tôt fait de l’éviter, ou, pire, de faire quelque salamalèque avant de repartir et de vous laisser dans le désespoir. Il vous reste la solution : les toilettes. Mais il vous retrouvera plus tard. Finalement, la solution, la seule, la vraie, c’est l’insulte. « Mais tu me gonfles, j’en peux plus de tes sornettes, je pète un câble. Tais-toi, fous le camp, vas-t-en, je peux plus te supporter espèce d’égocentrique de merde ». Tout le monde s’est retourné vers vous. Vous vous êtes emporté. Quelle honte, la réprobation générale se lit sur les visages. Les autres ont tenu face au casse-couilles par le passé. Vous devez passer la même épreuve qu’eux. Le supporter. En attendant, le lourd est parti loin de vous, il est bien calmé. Vous avez perdu vos potes mais vous êtes calmé. Ouf.

 

Plus tard, vous repenserez à cette personne en culpabilisant un peu. Mais que voulez-vous faire. Vous n’en pouviez plus. Celui qui raconte sa vie est en quelque sorte déconnecté des autres. Son discours existe par lui même alors que le propre du langage est d’être un outil de communication. Pour lui, le discours est une fin en soi. Soit vous tombez sur quelqu’un qui raconte sa vie qui est intéressante. Pour peu qu’il y ait d’autres personnes autour de vous, vous allez passer pour l’autiste de service, alors qu’il se magnifiera devant les autres. Soit il n’a rien à dire d’intéressant, et vous resterez seul avec lui à attendre que le temps se passe, tous les autres étant rapidement partis…

Ce qui est étonnant chez ces personnes là, c’est leur capacité d’abstraction. L’autre n’existe qu’en tant que récipiendaire d’informations qui s’enchaînent.

 

C’est insupportable. Taisez-vous, bavards impolis !

 

 

Nobod.

 


Lundi 04/10/1999

LA SAGA DES JAIMPA

 

 

16h du mat’. Réveil naturel.

 

J’aime pas les dimanche lendemain de cuite. « Tiens, on est dimanche ». Le regard hagard d’un lendemain de cuite, lancé agressivement sur sa montre pour montrer que c’est le seul jour où il est maître de son temps ; le jeune dominical émerge. « Putain, on est dimanche ». Messe pour les cathos, téléfoot pour les beaufs, moule pour les autres. C’est fou comme on peut faire de choses en une journée. C’est fou ce que l’on peut ne rien foutre un dimanche…

« Tiens, il fait moche ». Comme par hasard, ça tombe un dimanche. Généralement, il fait beau le matin, juste pour te montrer que la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt, alors que, te levant vers 11h pour les plus courageux, tu vois au loin un fond de ciel bleu qui s’en va et des gros nuages qui arrivent. Le reste de la journée sera pluvieux. Le réveil est inamical, l’air est frais et les voisins qui se lèvent tôt sont lourds. « France Info 11h ; Football, l’OM repasse en tête du championnat ». Le voisin lève-tôt choisit le dimanche pour être sourd et mettre sa radio à fond. Je sens bien la journée pourrie. Peu d’appétit après un lever tardif. Cet après-midi, qu’est ce que je fais ? Rien de prévu à 14h. 15h, toujours rien, ça commence à urger. La sale tradition du dimanche en famille fait que ceux qui ne font pas ça ont du mal à trouver quelqu’un pour faire quelque chose. D’ailleurs, après une morne balade écourtée pour cause de paresse, je retourne mouler chez moi. En attendant lundi…

 

Le dimanche en famille est assez énervant également. Déminage aussi. Le bon canard ne passe pas. Les frites sont lourdes et l’humeur est mauvaise. « Raconte ta soirée à tes parents.

-          Ouais, c’était sympa, pas mal de monde, bonne ambiance (en aparté : j’étais bourré comme un coin, la mine du siècle, lâchez moi cinq minutes). Fin de repas, seul le café est le bienvenu. Et proposition de promenade familiale. « Euh non, là, j’ai du boulot ». L’après midi se terminera en sieste…

 

« Tiens un dimanche où il fait beau. Oui, mais là, j’ai vraiment envie de rien foutre. Je vais mater Stade 2 et vidéo gag. Que du bonheur. Vivement lundi. »

 

« Putain 11h, et moi qui devais partir pour la journée au bord de la mer. Bon, bah je vais mouler tranquille. J’irai la semaine prochaine (c’est ça, je me donne bonne conscience comme je peux…) ».

 

« 16h du mat’. Réveil naturel. Peux plus dormir. Un mac do s’impose et je retourne me coucher. Faut que j’arrête de boire ».

 

Toutes ces journées sont plus ou moins zappées par les victimes de la paresse et du samedi soir. Rien à faire. Le dimanche, c’est la journée de la glande, je m’ennuie et je ne fais même pas ce que je devrais faire. Le repassage attendra demain. D’ailleurs, j’ai pas lavé mes fringues. La vaisselle ? Qu’importe, demain, il fera jour et on verra bien.

 

 

Et puis, regardez ce que font les autres : vous croyez qu’ils s’amusent ?

Non, ne rêvez pas, ils font semblant :

 

« 7h30, je me lève, douche, promenade en roller puis petit déj croissant à 9h. Ensuite, re-douche puis marché, repas sain, pas de sieste, grande balade en forêt. Le soir, ciné avec des potes et tout et tout ; ce soir, j’aurai fait quelque chose de ma journée, moi ».

 

Et alors, grand sot, si y’a une journée pour mouler, c’est pas le dimanche ? On voit bien que tu fais pas la teuf le samedi toi. Et puis savoir mouler, c’est aussi un art de vivre. On éponge les excédents de guronzan et au moins, le lundi, nous, on est contents d’être au bureau…

 

 

                                                                                                                                 Nobod.


 

Mardi 05/10/1999

 

LA SAGA DES JAIMPA

 

 

une nana maquée, c’est consternant et chiant

 

J’aime pas les filles maquées.

 « Cette nana là, j’me la branche » : quelques instants plus tard, il s’approche :

 

: « T’es une amie de Bidule (celui qui organise ou se trouve à proximité) ? »

-Heu, non, non je suis venue avec Machin…

-Ah ouais ? … Sympa. Tu fais quoi à Paris ? Fac ? Ecole…

-Je suis en fac de droit à Trifouillis…

 

Silence, il boit une gorgé de son alcool et la demoiselle regarde deux autres personnes discuter à côté…

Il réessaye :

 

-Et qu’est-ce t’as fait cet été ? »

-Oh ! Je suis allée en Bretagne avec mon copain et puis il m’a emmené trois semaine en Israël, c’était vraiment magnifique… Et ensuite on est allé chez ses parents dans le Luberon ou il m’a appris à faire du cheval et du kayak. Parce qu’il est musicien mais très sportif aussi. Et… »

Le jeune homme l’interrompt : « Ouais OK, je vais me chercher un autre verre... ».

 

Oui, comme vous pouvez le constater, une nana maquée, c’est consternant et chiant. D’abord, elle se permet d’être attirante parce que les maquées sont les plus jolies et les plus sympas (forcément, les winners ne sont pas fous). Ensuite, elle se laisse approcher comme une célibataire, et enfin, elle attend quelques minutes pour te prévenir que tu n’as aucune chance au lieu d’être tout de suite claire sur les vices cachés. Si toutes les nanas maquées le criaient haut et fort dès qu’un type s’approchait d’elles, elles arrêteraient de se plaindre de se faire draguer tout le temps. Finalement, elles doivent assez apprécier.

 

Il y a pire que la nana maquée et heureuse avec son mec. L’autre ne se plaît pas avec lui, te plaît à toi, te raconte ses problèmes avec ses mecs pendant que tu restes l’idiot du village. Le bonheur. J’ai l’air malin. Vive cette nana que je me ferai pas, mais dont je dois tout supporter.  « Tu comprends, je suis pas folle de lui, il a plein de défauts, mais ça fait tellement longtemps, je veux pas tout casser. Toi, c’est différent, tu vois…

-Je vois que dalle, sauf que je suis l’idiot de base. Merci pour tout et ciao ».

           

            La nana maquée te laisse généralement un espoir qu’elle ne le soit pas très longtemps (elle insiste bien sur le fait qu’avec son mec, c’est pas au top). Histoire que tu perdes bien ton temps à espérer parce que, qu’elle soit maquée ou pas, elle ne voudra pas de toi…

 

« Je me suis fiancée cet été ». Ouh, la claque. J’avais pas regardé ses doigts. Je ne me fais pas à mon grand âge, les couples se fiancent et se marient. Encore mieux : « tu sais quoi, c’est vraiment super, je suis enceinte ». Vlan, et dire que je ne savais même pas qu’elle avait un mec. C’est pas moi le père, dommage, quoique j’en ai pas envie. Et puis elle sait pas ce qu’elle perd. D’ailleurs elle est un peu grosse finalement. Et puis quand je vois la gueule de son mec, maintenant, je me dis qu’elle doit être un peu conne. Ah, je l’ai échappé belle. Quel fion, ce boudin !

           

            Heureusement, la fille maquée donne peu de temps encore envie. Elle se « mamifie ». La teuf devient un souvenir, les ambitions disparaissent, le couple se range, bientôt les enfants et tout le bonheur du monde. Ah, quel soulagement, souvent, elles deviennent laides à force d’être maquées, à croire que toute envie de séduire leur a échappé depuis qu’elles ont mis le grappin sur le pauvre innocent (un salopard entre nous). Bien fait pour elle si elles se font larguer.

 

Non, je déconne,

Bon les filles, reste-t-il sur Terre une nana sympa et célibataire ???

 

 

Nobod.


 

Mercredi 06/10/1999

 

LA SAGA DES JAIMPA

 

J’aime pas les informaticiens. Baaahhh… Dans le genre ringard, il est très fort. Autant qu’en informatique où il excelle… Inexpression du regard caché derrière des culs de bouteille, les cheveux souvent gras, voilà notre informaticien adoré. Celui dont on aime bien se moquer parce qu’il nous paraît plus intelligent mais qu’il a quelques tares. Qu’est ce que cela veut dire ? Seuls les scientifiques seraient intelligents de nos jours ?

La description de l’informaticien est galvaudée. Malheureusement pour lui, souvent, il n’est effectivement pas au top esthétiquement. Excusons le pour cela. En compagnie d’un informaticien, il faut accepter le silence. Sinon, place aux blagues de scientifiques, et là, la journée commence mal.

« Tu sais ce qu’on a fait avec Paul ? On a piraté le profil au boss à Jean (ils sont toujours entre mecs). Maintenant, à chaque fois qu’il ouvre sa session, il y a une bite en fond d’écran en érection et quand il la ferme, elle est au repos ». Super, génial, voire drôle. Ou bien nul, désolant, pauvre type, lâche moi.

 

Voyager en train avec un informaticien peut paraître intéressant. Non, c’est chiant. Lorsqu’il va sortir de son humour qu’on qualifiera gentiment de bien pourrie, l’informaticien se mettra à parler de la force centrifuge origine du TGV pendulaire, qui, selon son inclinaison vers l’intérieur du virage, ne déraillera pas. Vous finissez par réussir à le faire taire, simulant quelque somnolence. Il sort un magazine. Monsieur lirait-il ? Non, non, ce n’est pas de la lecture, c’est de la programmation. Vous le sentez réfléchir, ça bouillonne là-dedans. Il se ronge les ongles quand ça fume et pousse des petits cris quand il comprend. Poliment, vous lui demandez :

« Un problème ?

-Non, mais c’est ce truc là, tu sais, c’est pour …. ». Il décolle dans une explication qui ne ressemble à rien. Un mot sur deux vous est inconnu. Il ne parle même pas Français correctement. Il revient en arrière, ne fait pas de plan dans sa pensée. Vous vous demandez comment il peut se retrouver dans ses explications mais il tient bon. Poliment, vous lui avouez que vous ne comprenez pas mais que ce n’est pas grave. Poliment, vous ne lui avouez pas que c’est un pauvre type qui ne sait pas s’exprimer, qu’il commence à vous gonfler sévère, et que s’il pouvait arrêter d’être expressif uniquement face à son écran, il se ferait peut-être plus de nanas.

Retrouvons le en soirée. Il se la met minable, ne tiens pas l’alcool parce qu’il ne boit jamais, sauf en soirée où il se prend systématiquement une énorme mine. Il vomit un peu partout, branche toutes les nanas sans en approcher une, porte des baskets et un T-shirt bien beauf (genre American attitude Nike air Jordan ; ho ho, à ton âge, c’est terminé les idoles du basket). Bref, il est informaticien et par conséquent déconnecté de son environnement, sauf pour le sport avec ses copains de promo aussi graves que lui.

Il sort peu, ne connaît pas le mot théâtre, ni art. La dernière expo qu’il a vu était le palais de la découverte en 3e et il en garde un bon souvenir parce qu’il a vu les faisceaux optiques et tout et tout. Le cinéma n’existe qu’en ce qui concerne les films américains avec des effets spéciaux et en plus, si y’a une bonne scène de cul et un peu de violence, Monsieur sera servi. Les prochaines vacances, il partira avec ses copains de promo se mettre une mine d’une semaine en camping où ils essaieront au départ de brancher et termineront bourrés.

 

Dans l’entreprise, l’informaticien est redouté. Indispensable et redouté, ce qui va souvent de pair… Vous avez besoin de lui ? Appelez le Help Desk. « Mon ordinateur a planté et je ne retrouve pas mon profil. Il va généralement vous demander ce que vous avez fait. – Heu rien, ça a planté comme ça »(vous n’osez pas dire que vous avez cliqué sur tout, qu’il y a eu des bruits bizarres avec des messages d’avertissement en anglais que vous ne compreniez pas…

Dans les cas les plus complexes, il se déplace. Et la danse de l’informaticien recommence. Rictus inquiétant, mulot mis à l’épreuve, il ouvre tout sur votre écran. En moins de dix secondes, tout est réparé, et il se permet même de vous expliquer la panne. Tout ce que vous comprenez, c’est que c’est de votre faute, qu’il ne faut pas accepter le profil local (?) mais le profil itinérant (?). Bref, il repart comme un informaticien, sans démarche. Vous n’avez rien compris, mais vous savez que moins vous aurez de « contact » avec lui, mieux ce sera…

            Quelques années plus tard, nous retrouverons notre ami lors d’un discours où il aura mis sa cravate en polyester, dans une grosse entreprise où il aura eu une petite promotion. Le discours sera mauvais, bafouillant. Il aura les mains moites et la gorge nouée. Ah, on flippe moins devant son écran de micro, hein ?

 

Voilà pourquoi j’aime pas les informaticiens. D’ailleurs, je suis une grosse burne en informatique…

 

Nobod.


 

Jeudi 07/10/1999

 

LA SAGA DES JAIMPA

 

ce sont des stars au démineur

 

 

J’aime pas les fonctionnaires et assimilés. Déjà, je me fais un bon nombre (trop important ?…) d’ennemis en écrivant cette première phrase. Courage, disons la vérité. On nous aurait menti ? Le fonctionnaire est en quelques mots, une personne qui ne fout pas grand chose, récrimine tout le temps, n’est pas stressé et bouffe nos impôts. Le saligaud, il serait peut-être moins bête que les autres après tout.

 

 

Le matin, le voilà avec sa petite sacoche, le canard du coin dedans (le fonctionnaire se veut « informé »), l’allure décontractée d’un fonctionnaire (délicate à décrire autrement). Et là, tu te demandes : que peut-il bien mettre dans sa sacoche ? Il ne va pas me faire croire que, le soir en rentrant chez lui, il bosse ? Je ne peux pas croire qu’il transporte tous les soirs dans sa sacoche des stylos et des cahiers qu’il a piqués au bureau pendant la journée pour faire des économies. La sacoche reste un mystère. Il ne doit pas y avoir grand chose dedans. Juste histoire de.

Le revoilà le soir. C’est lui qui ouvre le plus le col de sa chemise parce qu’il a beaucoup travaillé et que sa belle cravate le sert. Il a l’air frais comme un gardon, comme le matin. Regardons l’heure. Ouah, 18h, et pas une seconde de plus. Il a rangé ses meccanos et débranché le micro, il attend patiemment devant sa porte son heure. D’ailleurs, comme il avait terminé son boulot prévu à 17h, il n’a rien fait depuis. Pas la peine de commencer une nouvelle chose pour une demi-heure de travail. Non, une heure. Non, une demi-heure, à 17h30, je commence à ranger. Qu’a-t-il fait de sa journée ?

La description du néant n’étant pas chose facile, je laisserai cette tâche à d’autres.

 

Le fonctionnaire est un plaignant infatigable. Il quémande, se débrouille mieux que quiconque pour se taper 7 semaines et demi de congés. S’il était moins paresseux, il irait volontiers manifester pour tout, les impôts trop élevés, le régime turc fasciste, les 22h de travail mensuel etc… Il déteste aussi l’autorité de son supérieur. L’ordre du supérieur est absolu, mais c’est un con. D’ailleurs, il est incompétent. A la limite, sur ce point, nous pouvons nous accorder, le chef d’un fonctionnaire n’étant qu’un autre fonctionnaire…

            Il est paresseux pour la manif… Quoique. Assez souvent, il se lâche. C’est pas le tout, mais, une tit’grève serait pas malvenue. La rentrée est dure, début octobre, après un mois de bureau et 6 semaines de vacances, un peu de repos payé hors congés fait du bien. Cherchons une revendication. Ca y est, j’ai trouvé : un chien est mort de crise cardiaque proche du métro. Insécurité, salaires, les banderoles se montent, dommage que Paris soit bitumé, c’est trop fatigant pour retirer les pavés…

 

Pour travailler, il a un ordinateur. Souvent, c’est un Bull, Etat actionnaire oblige. Le jeu de mots est trop facile… D’ailleurs, généralement, il est bien planqué derrière. On ne sait toujours pas ce qu’il fait.
Un détail de la journée, la pause café. Comme le fonctionnaire tient à sa santé, il a arrêté le café. Il en prend deux le matin et un l’après-midi. Les quatre autres pauses, il discute de tout et (surtout) de rien. Histoire de rester sociable. Ou alors il expose avantageusement ses résultats à Tétris tout en se rétractant rapidement en affirmant avoir bossé ce matin comme une brute.

 

            Mais l’essentiel n’est pas là. Le fonctionnaire a une tâche noble, il sert l’Etat, et par là nous-mêmes. On ne sait pas trop comment, mais il le fait, c’est sûr. La preuve ou au moins une illustration très élogieuse ? Si vous payez des impôts, c’est bien que ça sert à quelque chose, non ? Ouais, à quoi par exemple ?

Bah, faut bien payer les fonctionnaires. Et puis après tout, il vaut mieux être fonctionnaire que chômeur, c’est presqu’aussi cool mais mieux payé, bref, la retraite avant d’avoir bossé…

 

 

 

 

Nous, aigris du privé, on aimerait bien être fonctionnaires finalement, ça doit être rigolo. Et puis ce sont des stars au démineur…

 

Nobod.

 


 

Vendredi 08/10/1999

LA SAGA DES JAIMPA

 

De « Evite de m’appeler au bureau », on est passé à « je suis ultra joignable, mes cinq adresses mail, mon portable et le fixe, fax voire pigeon voyageur ».

 

J’aime pas les stages. J’aurais tout essayé, mais j’aime pas les stages. De super motivé business attitude à démotivé totalement dégoûté, il n’y a qu’un stage. Et Dieu sait qu’il faut être un peu fou pour arriver motivé à un stage. Généralement, le stage te grille un été. Il te paie assez mal par rapport à ce qu’il t’apporte comme galère. Il t’apprend peu de choses. Pourtant, nombre de victimes arrivent motivées. « Ouais, cool, les collègues ont l’air sympa et dynamiques, c’est une belle boîte, super, il va falloir que j’assure ». Tu vois déjà le plan de ton rapport, l’embauche future, bref, la business attitude.

                Où qu’il bosse, en banque, administration, production, conseil… et quel que soit le service, quelques semaines plus tard, voire mois pour les plus optimistes, notre stagiaire n’est plus le même. De nombreux changements sont intervenus dans son discours :

 

De « Non, ce soir, je sors pas, j’ai une présentation hyper importante demain, tu sais, pour le meeting X », on est passé à « Ouais, grave on sort, ce soir, je me prends une mine, de toutes façons, la présentation demain, je m’en tape, c’est tranquille ».

De « Ouais, ça a l’air super intéressant, mais j’ai des horaires assez serrés », on est passé à « Ouais, c’est chiant, mais je branle pas une ramée ».

De « Demain, je me lève à 6h30 » ou « Tiens, il est 5h, encore deux heures de boulot », on est passé à « Demain, je me lève à 9h » ou à « Tiens, il est 5h, je me casse».

De « Evite de m’appeler au bureau », on est passé à « je suis ultra joignable, mes cinq adresses mail, mon portable et le fixe, fax voire pigeon voyageur ».

 

Les changements n’ont pas opéré que dans le discours. Dans le comportement aussi. L’approche n’est plus la même.  La démarche assurée vers la salle de réunion est devenue une démarche tranquille vers la cafet’. Son côté proactif est maintenant son côté profestif. Il est connecté sur internet, sur outlook et sur ses deux téléphones. Il joue au baby et fume des joints, le stagiaire, c’est vraiment un branleur…

Le stagiaire s’emmerde. Alors ça, il s’emmerde. Trois semaines pour rendre un truc qu’il va torcher en deux jours, sachant qu’il sera quand même en retard sur la « dead line », histoire de. Mais tout ça dure un temps, les occupations internet, téléphone et mails ne pouvant trop s’éterniser. A ce propos, on se demande ce que pouvaient faire les stagiaires avant ces magnifiques inventions (peut-être bossaient-ils, eux, mais c’est une autre question). Il devient par conséquent irascible, grognon, encore plus démotivé. Bref, il ne fout plus rien, même le peu qu’on lui demande.

            Entre deux pauses boulot, il se fait un après-midi tchatche pour peu qu’il ait trouvé un autre glandeur de la race des stagiaires. Il ne connaît pas son bonheur. Le stagiaire solitaire apprend la dure vie de glandeur unique. Et c’est pas facile tous les jours. Même si les gens sont plutôt sympa avec lui. Ce qui n’est pas évident. Souvent, il finit par prendre en grippe son boss qui ne délègue pas. Il a parfois envie de le frapper. On ne lui parle pas. C’est l’horreur. Il moule quoi.

 

            Il aura au moins reçu une expérience. Tu parles, l’expérience de la loose ? Super. Et la formation ? « Ouais, je suis un pro d’outlook et explorer ; à la limite, même powerpoint, j’ai bien progressé ». Sans parler de la photocopie où il excelle. Et il s’emmerde, il s’emmerde…

Et le temps passe, le stage se termine, les bitures continuent et l’année recommence.

 

« Le prochain stage, je bosse » ou « J’arrête les stages »

 

Nobod.


 

Samedi 09/10/1999

LA SAGA DES JAIMPA

60°C sur la piste, 7 personnes au mètre carré dont six mecs, 15 000 watts de beat de merde, un DJ sourd, des lasers qui te brûlent les yeux

 

J’aime pas les boîtes de nuit de conserve. Les soirées sont théoriquement faites pour s’amuser, non pour se battre, s’immoler, s’étouffer ou devenir sourd. Autant j’aime bien la techno, autant je ne supporte pas la trash-ta-mère-hard-music. Ca ne ressemble à rien.

Samedi soir, tu es content, limite sur un plan, en train de picoler innocemment. Un badaud lance l’idée de la boîte. Quelques remarques à ce propos. D’abord, on ne sort pas en boîte le samedi soir, surtout à Paris, c’est bondé et ringard. Le badaud devrait savoir que c’est en semaine qu’on sort, quand les beaufs sont au lit. Et puis, franchement, il vaut mieux zapper une journée au bureau plutôt qu’un dimanche. Ensuite, il aurait pu choisir autre chose que cette boîte de fous. Enfin, si lui était bourré et avait donc envie de danser, c’était son problème, pas celui des autres qui supportent l’alcool et qui ont du mal à s’amuser en boîte sans Merlot. Mais revenons à ces fameuses boîtes à bétail.

L’arrivée. Elle est malheureusement souvent aussi difficile que le départ. Si la boîte est branchée, tu attends une bonne demi-heure dans le froid avant de te retrouver devant un videur de 2m40. Déjà, l’envie de faire la fête est bien atténuée. « Vous avez oublié vos copines ? ». Tu passes pour un nase. Comme si le jour où on est déjà avec des nanas, on a envie d’aller en boîte… Avec un peu de chance, il te fera économiser 120 boules en te refusant, les espadrilles étant formellement trop prestige pour ces petits ringards. Si par malchance, tu entres, la galère ne fait que commencer…

La soirée. Avec un peu de chance, tu es déjà bourré. Sinon, tu es mort. L’ambiance est chaude, 60°C sur la piste, 7 personnes au mètre carré dont six mecs, 15 000 watts de beat de merde, un DJ sourd, des lasers qui te brûlent les yeux.  « Ouais, c’est cool d’aller en boîte, on s’éclate comme des oufs ». Avec encore moins de chance, tes amis sont suffisamment nombreux pour faire un cercle de danse. Place aux moulinets avec les bras et autres simagrées ne rimant à rien et qui n’amusent plus personne passé 16 ans. On se regarde, on sourit bêtement, attendant que la chanson se termine pour s’éclipser discrètement dans des contrées moins pénibles.

La boisson. Elle est chère, servie au tuyau d’arrosage pour les modernes (prestige aquarium, on t’adore). Il faut la boire vite, avant que la poussière de sueur, de fumée (de cigarette et ils en ont rajouté de synthèse, il n’y en avait pas assez) et de crasse ne se déverse dans ton verre. C’est de l’alcool, rien à signaler.

Les collègues. Généralement masculins, beaufs ou bourges selon les boîtes. Tous également exaspérants, souvent alcoolisés et te marchant sur le pied pour marquer leur territoire. Surtout, ne pas trop s’approcher d’eux, ils sont lourds, et on ne peut pas leur parler. Ils sont là pour brancher, c’est tout.

Les filles. Rien à dire, si ce n’est que pour peu qu’elles soient mignonnes et pas trop vulgaires, c’est qu’elles ne sont pas pour toi ou qu’il y a des vices cachés. Les autres sont dans la tendance fion toujours aussi à la mode en ce moment (ça commence à durer un peu trop).

La musique. Trash. Trace…

Les lumières. Le seul truc globalement réussi dans ces boîtes, ils ont globalement un jeu de lights d’anthologie. Sauf que 5 heures de suite de laser ou strombo, ça use la pupille.

Les odeurs. Ca daube.

L’ambiance on the piste. Ultra-individualiste ou collective à l’extrême, selon qu’on a à faire à un techno fan, à un couple, ou à un groupe (le fameux cercle). Elle est assez désagréable, les espoirs de rencontre se mesurant proportionnellement à la quantité d’alcool ingérée par les acteurs.

L’ambiance out of the piste. Boire, et ne pas discuter. C’est cher, mais discuter ne sert à rien. On ne t’entendra pas. Le seul intérêt est que tu peux t’approcher très près de la fille en lui faisant croire que c’est pour lui dire quelque chose et là, couic ! Les sièges, s’il y en a, sont peuplés d’épaves et de partouzes semi-habillées.

Le vestiaire. C’est 10 balles, tu n’es pas sûr de retrouver tes fringues, tu attends dix minutes de plus et on t’engueule quand tu veux faire passer un pull dans la poche de la parka de ton voisin. Les hôtesses sont encore plus connes que les serveuses.

Les serveuses. Des pétasses qu’il ne faut pas s’aviser de draguer.

Les videurs. Des ours déguisés en hommes. Généralement noirs et vêtus de noir, ils ne font rien sauf quand ils décident de chopper un mec. Stratégie, se la jouer toujours discret à l’approche de Grocon.

Les chiottes. Ne pas y aller accompagné d’un videur… A part ça, l’odeur est monstrueuse, et un mec finit toujours par s’y endormir. Pauvre de lui, il doit vraiment avoir des problèmes…

La sortie. Avec le premier métro. Tu te retrouves avec une bande d’épaves et quelques mecs qui vont bosser. Si t’es encore en forme pour penser, tu te dis vraiment que la vie est injuste. Vivement que je sois au lit.

Le lendemain. Autre sujet…

Et dire qu’il y a des tarés qui vont en boîte tous les week-ends.

                                                                                                                      Nobod.


 

 Et d'autres... Plus tard http://nobod.over-blog.com/article-142009.html

Par Nobod - Publié dans : Antique Site
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